Visite de Cadarache 50 ans après...

 

               Notre dynamique président, Alain Revest, (que Gassendi soit toujours avec lui et avec son esprit humoristique encore vif) a organisé comme promis une visite à Cadarache le 19 octobre. Pour certains d'entre-nous anciens élèves de Robert Faverge, notre jeune professeur agrégé de physique-chimie à la fin des années soixante, des souvenirs de voyage scolaire ne vont pas manquer de remonter.  

 

               Les participants que nous aurons la joie de découvrir sur place se sont faits connaitre à l'organisateur.

 

               Un repas, qui ne manquera pas d'être encore fort sympathique et convivial, est prévu sur place au Centre pour la somme de 30 euros. Ceux d'entre nous qui ne pourraient pas y participer sont priés d'en informer Alain avant fin septembre. La suite, après la visite! A bientôt!

                                                                                                                                     MB

 


Cadarache : la visite commentée

par MB

 

Grâce à Alain Revest, notre dynamique président, plus de cinquante ans après pour certains, nous avons pu renouveler notre visite à Cadarache. Nous n’avons pas manqué bien sûr d’avoir une petite pensée en évoquant notre ancien professeur de physique-chimie Robert Faverge, celui qui craignait parfois que le reflet de la vitre puisse inciter au « pompage ». C’est lui qui nous y avait conduits une première fois du temps de nos études secondaires à Gassendi. C’était l’époque de Rapsodi, le réacteur d’étude à refroidissement par Sodium liquide qui a fait son temps depuis. Je me souviens qu’il y avait des problèmes d’étanchéité car le sodium est un métal liquide qui s’enflamme à l’air et qui explose dans l’eau… D’ailleurs, il y avait eu par la suite un grave accident avec deux morts.  Encore, parait-il, qu’il soit question maintenant de revenir au Sodium, forts de notre expérience passée, pour des réalisations futures…

A cette époque, lors de cette intéressante visite, notre avenir professionnel était en perspective. Peut-être certains d’entre nous deviendraient-ils aussi des chercheurs dans le domaine nucléaire… Qui sait?  50 ans après, les carrières et les interrogations sur l’avenir professionnel sont derrière nous, bien sûr. Ingénieur atomiste et même prof de physique ou de math sont parmi les visiteurs cette fois. Une visite très intéressante et très bien menée par un guide fort sympathique et documenté qui a su se mettre à notre exacte portée pour la satisfaction de tous.

Mais quel démarrage ! Je vais vous en parler à la première personne, laissant à d’autres le récit de leur impression singulière. Venant quasiment d’Avignon j’ai démarré à 7h15 de chez moi. Il se trouve que ça a mieux roulé que prévu et j’avais un peu d’avance en prenant l’autoroute des Alpes à Pertuis. Cadarache, sortie 17, juste après l’ancien pont de Mirabeau et son tunnel, est  de plus bien plus près que je me l’étais imaginé.

Bien m’en a pris. Car vers 8h 20 un kilomètre avant la sortie pour le CEA en venant de Pertuis, une nappe de brouillard à couper au couteau et le début d’une file de voitures rangées sur la voie d’urgence …. que je prends d’instinct aussi ! En effet, il ne s’agissait pas d’un accident (j'en ai quand même douté un temps) mais du début de la queue pour franchir le péage et le premier rond-point menant à l’entrée du centre… A neuf heures moins dix, j’étais toujours dans la queue qui avançait au pas, entre deux arrêts prolongés. Une horreur.

En plus, vu le temps qui filait, une incertitude se fait jour dans mon esprit. La route pour ce  fameux « parking de la cité » indiqué grossièrement sur le plan se prend-t-elle bien à partir du rond-point extérieur au centre comme il semble ou bien juste après le franchissement du portail ?

Demander à quelqu’un me traverse l'esprit. Mon voisin de derrière interrogé, n’allait pas à Cadarache mais à Avignon. Il se demandait même ce qu’il f… dans cet embouteillage piège. Qu’à cela ne tienne, voyons le voisin de devant. Lui, il ne connaissait rien au centre, il était de Martigues... Comme si d'être de Martigues constituait une raison majeure en soi.... Bon, tant pis. Celui de gauche alors ? Lui, il allait bien au centre, mais à celui de gauche qui a son périmètre et entrée propre. Il était Italien venu travailler à ITER, l’autre entrée donc. Rien à voir avec ici. Alors, je téléphone à Michel Henry. Les premiers arrivés sont sur le parking et attendent. Les derniers arriveront finalement avec une bonne heure de retard. Nous les attendons dans le bus. Quel bazar cette entrée. Sous l’effet du nombre colossal d’entrants le matin à 9heures, de l’ordre de 6000 employés au CEA, de l’existence de travaux  retardant l’entrée, elle-même retardée par les nombreux et méticuleux contrôles, vue l’état d’urgence dans lequel se trouve la France en ce moment.

Et la visite en autobus pu commencer pour 23 d’entre nous. Immense site de 1600 ha en pleine forêt méditerranéenne. Ici et là, en route, rencontres surprenantes mais sympathiques avec quelques sangliers, biches ou chevreuils et cerfs d’allure peu effarouchée. D’après Alain, qui y a travaillé, les sangliers auraient même intégré avec grand intérêt les horaires de sortie des poubelles qu’ils ne ratent pas. Leur repas arrive ainsi tout prêt à heure fixe.

Le clou de la visite commentée c’est la maquette en coupe, puis  le mini réacteur à fusion Tore Supra sur le principe Tokamak : l 'installation WEST (Fusion nucléaire par confinement magnétique)  pour ITER,  qui est, lui, réacteur d'études en grandeur nature. Une merveille d’ingéniosité et de technologie de pointe avec des gradients de température phénoménaux sur très peu de distance . Il s'agit là rien de moins que de mettre le soleil et sa réaction de fusion nucléaire en quelque sorte dans une boite et d'en tirer de l'énergie selon une source quasiment inépuisable puisque l'hydrogène qui compose ses dérivés deutérium et tritium utilisés pour la réaction de fusion au cours de laquelle la perte de masse se transforme en énergie (E= mc2) abonde dans la nature et dans l'univers.  Peut être la solution à l’avenir énergétique de l’humanité. De plus il n'y a pas là de risques de déchets, ni de réaction en chaîne à contrôler, puisque le réacteur a tendance à s’éteindre de lui-même et que c'est le maintien de la fusion qui en revanche est à soutenir... Pas de fluide caloporteur non plus.

Pensez qu’il s’agit de reproduire les réactions atomiques de fusion présentes dans les étoiles et déclenchées par l'énergie des températures de millions de degrés Celsius qui donnent la vitesse nécessaires aux collisions des atomes en vue de la fusion selon le principe expliqué dans la vidéo du haut en début d'article.   La plasma ainsi généré à de telles températures ne doit évidemment toucher aucune paroi. Il est contenu par de puissants électro-aimants en un faisceau. Dans le faisceau torique de plasma de quelques  dizaines de centimètres à peine de diamètre, les températures varient entre quinze millions de degrés au centre à quelque 6000 degrés à peine en superficie. Une température plus élevée encore qu'au cœur du soleil nécessitée par la moindre densité de plasma vue la moindre gravitation qu'au centre du soleil où sous l'effet de la masse colossale de cette étoile les photons eux mêmes y sont extrêmement ralentis pour aller du centre à la surface.  De l’autre côté de la paroi, qui n’est pas en contact avec le plasma, on atteint et maintient par de l'hélium liquide une température voisine du zéro absolu pour permettre la supraconductivité des bobines d'électro-aimants, c’est-à-dire très basse de l’ordre de  moins 270 degrés Celsius. Prodigieux non ?

Tout cela préfigure ITER le projet international accueilli à Cadarache, ce dont nous pouvons être très fiers. Car se prend ainsi la mesure, comme me le faisait remarquer notre ami Paul-Louis,  que la France, notre pays qui s'interroge parfois sur sa place en ces temps de tensions et de chamboulement de l'ordre du monde, est et reste un grand pays. Nous sommes à la pointe du progrès et de l’innovation en matière de recherche dans le domaine des particules qui constituent la matière et l’énergie de l’univers. La maitrise de la fusion en cours d’études et d’expérimentation ouvre des horizons. Et c’est porteur d’espoir en matière de ressources énergétiques. Cocorico ?

Puis le repas 'familial", somptueux, chaleureux et fort convivial, comme d’habitude dans le magnifique cadre du château de  Cadarache. Un vin blanc que les mots ne peuvent pas vous faire gouter, bu avec force modération car, là, après, plus de bus spécialement affrété pour renter chez nous....Même si le brouillard avait, oh miracle de l'amitié, disparu.  Depuis la terrasse, comme nous l'avait dit le guide, nous avons pu voir la confluence du Verdon et de la Durance. Et c'est vrai, nous l'avons constaté de visu, le Verdon porte bien son nom. Il se différencie d'emblée sans ambiguïté de la Durance. Il est vert de chez vert...

Une très belle journée pour nous tous. Encore un grand merci à l'organisateur, notre sympathique président et ami,  qui, comme le Duchose de la pub s'est "décarcassé" pour nous faire découvrir et partager un peu de "sa" science et de "sa" technologie atomique. A la prochaine.

 

                                                                                                                                               Michel Berlin

 


Visite de Cadarache par PL

 

Un grand Merci encore à notre organisateur maison Alain Revest qui nous a pourvus en nourritures intellectuelles et terrestres et c'est un plaisir renouvelé de se retrouver ensemble.
Michel a aussi, bien saisi le déroulement de la journée par son commentaire,ce qui m'a permis de rattraper ce que j'ai manqué quand j'avais l'esprit ailleurs.

Quelques réflexions tous azimuts.
Ce qui m'a frappé pendant et après cette visite de travaux pharaoniques et qui se poursuivent ,c'est cette vision,cette projection dans le futur d'une décision, d'une action politique décidée il y a plus de 50 ans
Alors que nous sommes dans une civilisation ? de l'instantané du spectaculaire  ,de l'éphémère et du superficiel.
Me vient en mémoire la démarche d'un Colbert qui fait planter des forêts de chênes pour
l'industrie et la marine pour dans 300 ans .

Sans être chauvins ,nous pouvons quand même nous réjouir d'être dans un pays qui peut aussi réunir tant d'excellence,:chercheurs,organisateurs etc..
Le projet aboutira (même si pour nous dans 50 ans ,nous n'aurons plus besoin de monter le chauffage car on ne se caillera plus les miches,on sera dans la cafetière)
Les scientifiques aboutiront sans faire trop d'erreurs j'espère.
Dans je ne sais plus quel roman Romain Gari écrit  : "Tout le monde peut se tromper dit le hérisson en descendant d'une brosse à habit"
Quel roman? Une bouteille de Champ à gagner.

Et puis enfin si vous n'êtes pas lassés: le nombre de chercheurSES que nous avons vues.Bravo.
Y avait même des blondes. Aïe! je vais me faire arracher les yeux.
Mais non, j'adore les blondes!

Un petit 13° nous a rendu l'esprit plus léger au repas. Depuis le temps qu'on se demandait "quand c'est qu'on bouffe". Nous avons déjeuné dans un décor très civilisé.

À la prochaine
Amitiés
                                                                                                                     Paul-Louis

 

 


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Commentaires : 4
  • #1

    mH (mercredi, 26 octobre 2016 22:43)

    excellent compte-rendu! Michel B aurait pu commenter la visite, la fusion nucléaire n'a plus de secret pour lui. Merci michel

  • #2

    A .REVEST (vendredi, 28 octobre 2016 17:40)

    Vos commentaires me remplissent de joie
    si j'ai pu vous faire plaisir en organisant cette visite ,j'en suis ravi ; mais relativisons, vous auriez certainement pu en faire de mème. L'analogie avec les arbres de Colbert est excellente : une génération plante l'arbre
    la deuxième le coupe et le fait sécher
    la troisième l'utilise
    point n'est besoin d'espérer pour entreprendre ;lisez ou relisez Giono "l'homme qui plantait des arbres"
    A

  • #3

    A. REVEST (vendredi, 28 octobre 2016 17:48)

    Succulents commentaires pleins d'humour et de positivité
    un bémol : je suis bien sur très heureux d'avoir pu vous faire plaisir , et de me faire plaisir par la mème occasion ,mais vous auriez fait de mème si l'occasion s'était présenté
    à lire ou relire : l'homme qui plantait des arbres de Giono
    point n'est besoin d'esperer pour entreprendre
    A.REVEST

  • #4

    Robert Faverge (vendredi, 25 novembre 2016 13:35)

    Merci Alain Revest et Michel Berlin pour votre souvenir de notre visite de Cadarache.
    Vous pourrez lire sur mon Site internet, à la rubrique 74, quelques réflexions sur la Physique que j'ai essayé de vous faire aimer !
    Je pense souvent à ces souvenirs de jeunesse. Vous avez bien joué votre rôle ! Soyez-en remerciés. Robert.